Le tourisme et la guidance dans l’île aux oiseaux
L’impressionnante colonie de l’Ile aux oiseaux est la principale attraction touristique « naturelle » de la ville. En effet, le nombre d’oiseaux présents impressionne toujours et la taille basse des palétuviers permet d’excellentes observations des différentes espèces.
L’île aux oiseaux est déjà un endroit fort « exploité » pour l’écotourisme puisqu’il fait partie du circuit habituel des piroguiers qui ajoutent généralement à la visite de la colonie de l’île, celle du village animiste Diola de Djilapao ainsi que le village d’Affiniam avec sa remarquable case à impluvium et ses énormes Fromagers.
Notons ici que l'Ile aux oiseaux de Ziguinchor n,'est pas le seul endroit où se trouve une colonie dans les mangroves. D'autres existent à Kassel et à Elinkine. Toute deux sont visitées par les touristes comme à Zig'.
Composition des colonies ici
Perturbations liées à l’utilisation touristique de la colonie
Bien que la colonie de l’Ile aux oiseaux soit à première vue en bonne santé, elle demeure exposée à plusieurs pressions dont j’ai été personnellement témoin tels le braconnage, différentes formes de dérangements par les guides-piroguiers et les touristes,…
Le dérangement des oiseaux de la colonie lié aux activités d'observation et de navigation est une menace qui peut sembler minime mais qui peut, couplé aux autres problèmes, être un facteur de fuite des oiseaux. Ces activités peuvent, selon leur nature, déranger les oiseaux présents sur leur site de reproduction, d'élevage ou encore d'alimentation. Les dérangements répétés sont susceptibles d'entraîner des effets néfastes à leur survie.
Les effets directs du dérangement humain peuvent être détectés par l'observateur, même non connaisseur de l’avifaune. Ils se traduisent souvent par :
- des comportements d'alerte : posture dressée et menaçante, cris,…
- l'envol des oiseaux sous la panique. En effet, lorsqu’on traverse la colonie, de nombreux oiseaux adultes ou les jeunes emplumés s’empressent souvent de prendre leur envol, ce qui implique que des femelles occupées à couver laissent momentanément leurs œufs sans protection pendant un temps plus ou moins long selon le temps passé par la pirogue. Des dérangements trop fréquents peuvent diminuer le taux de survie des jeunes et, à l’extrême, provoquer l’abandon du nid. Une autre conséquence très souvent observée et liée à l’envol des oiseaux sous la panique est la chute hors du nid d’œufs et de jeunes bousculés dans la cohue.
- la fuite des jeunes hors du nid. Ce phénomène est peut-être celui qui a le plus de conséquences car en voulant s’éloigner du « danger », les jeunes oiseaux encore incapables de voler grimpent dans les palétuviers. Malheureusement, lorsqu’ils sont trop petits, ils peuvent être incapables de revenir au nid ou encore, ils tombent à l’eau et se noient ou meurent de faim. Ce phénomène est très souvent observé et est d’autant plus dangereux que les pirogues passent un peu partout dans la colonie.
- la désertion temporaire de la colonie, ce qui serait le cas extrême, aux conséquences les plus importantes.
Pour résumer, les effets indirects du passage dans la colonie sont moins apparents mais se manifestent par l'abandon ou la séparation des couvées, par la prédation des œufs ou des jeunes, par l'épuisement des oiseaux et peuvent donc conduire à la diminution des populations ou à l'abandon progressif de la colonie.
Outre le simple passage en pirogue dans la colonie, d’autres dérangements humains sont occasionnels : certains piroguiers, n’y voyant pas de mal, n’hésitent pas à prendre en mains œufs et oisillons pour les montrer aux touristes, parfois sur leur demande.
Un autre problème important mais non « quantifié » est le braconnage. D’après les contacts avec les rares piroguiers qui connaissent vraiment le milieu mangrove, les oiseaux,… il apparaît que le réflexe de fuite des oiseaux est beaucoup plus rapide qu’auparavant, ce qui serait du selon eux à une augmentation du braconnage. Cette conséquence entraîne d’autres effets indirects cités ci-dessus. Ce problème semble effectivement en hausse avec d’importants prélèvements cette année (obs. pers., Sekou Manay - IREF de Ziguinchor, comm. pers., les piroguiers, comm. pers.). De nombreux pêcheurs, en partie non-sénégalais (guinéens et maliens), se sont en effet servis à de nombreuses reprises de tout ce qu’ils pouvaient attraper dans la colonie à des fins alimentaires, la chair des jeunes Ardeidae étant très appréciée. Parmi les pêcheurs, citons encore les enfants et les jeunes de Ziguinchor et alentours qui s’emparent fréquemment de jeunes oiseaux pour « varier le menu » ou par jeu (obs. pers.).
Un code de bonne conduite – comportements responsables
La mangrove est un milieu est très fragile et l’Ile aux oiseaux n’échappe pas à la règle. La colonie est donc soumise aux mêmes problèmes puisque les palétuviers constituants les îlots sont fortement dégradés, la sécheresse des dernières décennies devant en être la cause majeure. Ensuite, la capture d’oiseaux et de jeunes par les pêcheurs et le passage répété des touristes dans l’ensemble de la colonie ne sont pas sans perturber les oiseaux et occasionnent un dérangement certain.
Les effets de ce dernier point peut être très fortement minimisés. En effet, la plupart des piroguiers qui voient dans la colonie une source de revenu sont conscients de la nécessité de protéger cette ressource. Il serait donc utile, voire nécessaire, de mettre en place avec eux un « code éthique » qui permettrait d’harmoniser l’observation des oiseaux de la colonie tout en minimisant les risques liés au dérangement. Ce code devrait, entre autre, prendre en considération les recommandations suivantes :
- ne pas sillonner la colonie en tout sens. Tous les piroguiers doivent adopter un parcours commun, ce qui est en fait déjà le cas pour une partie d’entre eux. Il existe, pour traverser en largeur la colonie, un « chenal » central plus large que les autres et accessible même à marée basse. Il serait donc utile que tous passent par cet endroit.
- lorsqu’une pirogue circule à proximité de la colonie ou en fait le tour, ne pas approcher à moins d’une dizaine de mètres. Cette distance évitera l’envol des oiseaux dans la panique tout en permettant d’excellentes observations aux touristes.
- ne jamais toucher et prendre en main les œufs et les juvéniles.
- réduire la vitesse à l’approche de la colonie ou des groupes d’oiseaux qui se nourrissent aux alentours, de même qu’au retour.
- à proximité de la colonie, éviter autant que possible les changements brusques de vitesse et de direction.
- toujours approcher la colonie en oblique ou parallèlement, jamais directement.
- réduire le temps de fréquentation utile, ne jamais ancrer même momentanément l’embarcation dans la colonie.
- lorsque, manifestement, l’embarcation et/ou ses occupants occasionnent un fort dérangement, il est nécessaire de s’éloigner immédiatement en respectant les règles ci-dessus.
Pour les piroguiers, ces règles ne sont en aucune manière "contraignantes" et ne diminuera pas leurs revenus car, d’une part, ces règles n’empêchent pas d’excellentes observations et d’autre part feraient prendre conscience aux touristes de la fragilité de la colonie pour autant que le piroguier leur donne les explications.
Connaissance du milieu mangrove et de l’avifaune par les piroguiers
La connaissance des mangroves par les guides piroguiers est relativement bonne pour la plupart. Par contre, la connaissance de l’avifaune est, à de rares exceptions près, quasi-nulle ou presque ; ce qui, au niveau touristique, est parfois décevant vu la quantité de choses qu’il est possible d’expliquer et de montrer.
Notons cependant que, fort heureusement, certains piroguiers ont une connaissance tout à fait remarquable de l’avifaune, la faune, la flore et la dynamique du milieu mangrove (Aimé à Ziguinchor, Henry Demba à Kafoutine, Mamadou Ndiaye à Elinkine,…).
La mise en place d’un module de formation ou, plus facilement réalisable, la distribution gratuite aux piroguiers de la brochure (chap. 3 de mon travail ici) sur les oiseaux de la colonie serait intéressant à mettre en place.