La région de Basse-Casamance est une importante zone agricole, bien que les productions restent « artisanales ». Les rizières dominent largement et se retrouvent partout où sa culture est possible, soit dans les zones basses ou irrigable.
Trois types de spéculations dominent l’agriculture en Casamance :
- l’arboriculture fruitière avec un essor des plantations d’acajou Anacardium accidentale;
- des céréales parmi lesquelles le riz Oryza sp. qui occupe une place dominante ;
- les cultures à destination industrielle telle que l’arachide Arachis hypogaea.
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Dans la région de Ziguinchor, la riziculture est l'activité agricole dominante (60% des superficies cultivées), suivie de la culture d'arachide d'huilerie. Le maraîchage, pratiqué surtout par les groupements féminins, se développe dans la région, tout comme l'arboriculture fruitière. Les cultures céréalières sont principalement destinées à l’autoconsommation. Outre le riz, le maïs Zea mais, le mil Pennisetum sp. et le sorgho Sorghum sp. sont les principales céréales cultivées .
Les techniques de cultures sont encore dans la région des méthodes autochtones ancestrales. Si les techniques culturales ont peu évolué, les variétés traditionnelles de riz, 3.500 variétés inventoriées par l’ISRA, par contre ont souvent été remplacées par des variétés asiatiques plus productives . |
labour au kayendo |
La Casamance jouit de conditions pluviométriques favorables, de sols riches et variés et permet ainsi une production agricole aussi importante que diversifiée. La Casamance est d’ailleurs, à juste titre, considérée comme le "grenier du Sénégal". Cependant, l'agriculture en général se heurte à des contraintes que sont le déficit pluviométrique, la baisse de la fertilité des sols, la salinisation progressive des terres, l'acidification et l'érosion, la micro-parcellarisation, le sous-équipement agricole, l'exode rural,… . Par ailleurs, il a été observé qu’avec la baisse du taux d’encadrement à cause notamment de la fermeture de certaines structures étatiques ou projets d’appui technique tels que la station forestière de Djibélor, le DERBAC et l’ISRA, les activités agricoles dans les zones réputées très fertiles que sont les départements de Ziguinchor et d’Oussouye ont été considérablement réduites
L’élevage constitue une activité complémentaire à l’agriculture. Les ressources en eau et en pâturages donnent à cette zone une vocation agro-sylvo-pastorale. Dans la région de Ziguinchor, l’élevage est de type extensif et sédentaire et concerne les bovins, les ovins et les caprins (très nombreux), les porcins et enfin la volaille (poules et pintades). L’importante flore mellifère qui explique la vocation apicole de la région.
Alors que l’élevage est pastoral dans la partie nord du pays, il est sédentaire en Casamance. Pendant la saison sèche, les bêtes pâturent donc librement dans le terroir villageois alors qu’elles sont conduites, pendant l’hivernage par des bergers, soit dans les forêts, soit dans les jachères pour limiter les dégâts aux cultures.
Actuellement, l’élevage est encore très éprouvé par la crise politique de la Casamance suite aux vols et aux pertes de troupeaux ( obs. pers.).
La riziculture est exclusivement une culture pluviale ou, à défaut d’une pluviosité suffisante nécessitant une irrigation conséquente. Avec la Gambie et le delta du Niger, la Casamance constitue un des plus anciens foyers rizicole d’Afrique . Le riz est un élément fondamental de la culture Diola : alimentation de base, signe de prestige, lien avec les boekin,… Le calendrier des activités rizicoles rythment toute la vie de la communauté paysanne.
La culture du riz selon la tradition Diola est d’origine africaine et bien antérieure à l’arrivée des colons qui ont introduit de nouvelles variétés provenant d’Asie. Le principe de riziculture est simple et consiste à quadriller le terrain par un réseau de digues et diguettes de façon à supprimer le ruissellement et emmagasiner les eaux de pluies. Ces aménagements sont simples à réaliser sur les plateaux, les versants, les plaines des vallées d’eau douce,… mais la Basse Casamance est caractérisée par le dense réseau de marigots et la pénétration de l’eau salée dans les terres. Ces terres inondables sont fort exploitées pour la riziculture mais demandent des aménagements considérables, souvent collectifs, et dont la réalisation peut être étalée sur plusieurs années.
Selon leur position topographique et leur possibilité de submersion, trois types de rizières se distinguent en Basse Casamance :
1. les rizières hautes menacées par la sécheresse établies sur les buttes sableuses du Continental Terminal ;
2.
les rizières moyennes généralement bien alimentées en eau. Elles sont les intermédiaires entre les deux autres types. Les plus basses d'entre elles peuvent être soumises à l’influence saline. Mais elles sont généralement douces pendant la plus grande partie de l’année. La maîtrise de l’eau dans cette frange de rizière peut être presque totale.
3.
les rizières profondes ou rizières de mangrove occupent des sites conquis sur la mangrove et sont sous l’influence du sel. Elles sont une des principales caractéristiques de la riziculture casamançaise. Bien que correctement protégées de digues, l'eau marine continue cependant d’être admise en saison sèche pour éviter une concentration excessive en sel par l’évaporation et une acidification (voir chapitre 1.2.3.3.3.). Leur surface est façonnée en billons de 90 cm à 1m de large et de 50 à 60 cm de haut. Ces rizières offrent, dans des conditions d'apport en eau satisfaisantes, les plus hauts rendements (Cormier-Salem, 1995).
Bien que ces trois types de rizières puissent se faire suite, elles ne sont pas systématiquement présentes partout, le dernier type étant celui le plus souvent absent (à l’intérieur de plateaux ou le long des petits bolons).
Deux grandes familles de riz sont aujourd’hui cultivées en Casamance, celle d’Oryza glaberrima (riz africain issus d’une espèce sauvage africaine) et celle d’Oryza sativa (espèce asiatique importée par les colons). Les riz autochtones présentent de très nombreuses variétés susceptibles de mettre à profit les nuances pédologiques et climatiques. Ces riz se caractérisent par leur rusticité et donc leur capacité à croître dans des conditions de cultures parfois médiocres. Leur cycle végétatif est généralement plus court que celui des variétés asiatiques et ils supportent plus facilement les sols salins. Enfin ces riz rustiques sont moins sélectionnés que leur homologue asiatique, donc plus hétérogène et par conséquent de qualité alimentaire et commerciale plus faible. Les O. sativa ont ainsi été largement implanté partout où les sols sont de qualité suffisante. Actuellement, l’ISRA distingue plus de 3.500 variétés de riz en Casamance.
La riziculture Diola est encore aujourd’hui réalisée de manière traditionnelle ; toutes les opérations de travail du sol depuis le labour jusqu’à l’élaboration des digues et diguettes sont effectués grâce à un outil spécifique au très long manche (> 2m) remarquablement adapté à ces tâches et propre à la région : le « kayendo ».
Un des travaux essentiels est le labour, réalisé différemment selon le type de rizières. Les rizières profondes gagnées sur la mangrove sont labourées en saison sèche au moment du retrait des eaux et de l’absence de pluies. Les chaumes et les herbes sont en même temps enfouies et les billons entretenus. La majorité des rizières moyennes et hautes sont labourées en début de saison sèche après la récolte de manière à retourner le sol, l’aérer, l’ameublir et enfouir les chaumes et les herbes. Un second labour juste avant le repiquage peut avoir lieu si le paysan dispose de suffisamment de temps et de main-d’œuvre. Le labour des rizières hautes est moins profond et ne se fait qu’une seule fois, soit après les premières pluies, soit avant le repiquage. |
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Le façonnage des billons est également réalisé au kayendo. Ils sont larges et profonds dans les rizières profondes et étroits et plus superficiels dans les rizières hautes. Les billons jouent plusieurs rôles :
- l’amélioration du dessalement par le ruissellement de l’eau de pluie de haut en bas du billon ;
- la lutte contre les adventices, enfouies au moment de leur confection ;
- la protection des plants contre l’inondation au moment des repiquages.
La gestion de l’eau est une contrainte importante pour la riziculture. Une fois il faudra lutter contre la pénétration de l’eau salée, une autre fois ça sera contre la sécheresse ou encore contre l’excès d’eau de ruissellement. Afin de permettre une gestion optimale de l’eau, différents ouvrages sont réalisés dans les digues permettant de réguler la hauteur de la lame d’eau présente et si besoin en est de permettre une entrée d’eau extérieure pour autant que celle-ci ne soit pas trop salée (en amont des marigots par exemple), ce qui n’est possible que dans les rizières profondes et les rizières moyennes les plus basses. Cette gestion est réalisée par un système de drains placés dans les digues (troncs de rôniers évidés et de plus en plus avec des tuyaux de PVC coudés) ou encore en entaillant directement celles-ci. Dans les rizières hautes et moyennes, aucun système de drains n’est employé dans les diguettes et l’eau excédentaire s’écoule par gravité par-dessus les diguettes. Pire que l’excès d’eau est le problème de sécheresse qui d’une part va diminuer la productivité mais va aussi, si elle est prolongée, favoriser la remontée de sel par capillarité et provoquer l’acidification des terres par une oxydation brutale du souffre et des sulfures.
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Le repiquage du riz est une méthode qui permet :
- une économie de semences par rapport au semis à la volée directement dans les parcelles ;
- une sélection des plants dans les pépinières ;
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une diminution de l’impact des oiseaux tel que la Barge à queue noire Limosa limosa ;
- une lutte facilitée contre les mauvaises herbes,…
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repiquage du riz à Katouré |
Ces avantages entraînent en fin de compte une augmentation des rendements malgré l’énorme travail que représente cette opération. Alors que les travaux de préparation du sol et de l’entretien des digues reviennent aux hommes, celui du repiquage comme celui de la récolte revient à la femme. Dès les premières pluies, les pépinières sont préparées et le riz y est semé très dense sur de petits périmètres. Ces pépinières sont généralement placées aux abords direct de l’habitation sur des terrains légèrement ombragés, soigneusement fumés et très superficiellement ameublis, de manière à assurer les meilleures conditions possibles de repiquage. Le séjour en pépinière peut durer de 4 à 8 semaines selon les variétés ou l’état des rizières. L’opération de repiquage est étalée sur une longue période allant du mois d’août au mois d’octobre.
Pendant les semaines précédent la récolte, un très gros problème peut s’abattre sur les rizières : la déprédation par les oiseaux. La majeure partie des oiseaux concernés appartiennent à la famille des Ploceidae. En Basse Casamance, il s’agit principalement du Tisserin gendarme Ploceus cucullatus, du tisserin à tête noire Ploceus melanocephalus, de l’Euplecte franciscain Euplectes franciscanus et de l’Euplecte vorabé Euplectes hartlaubi . |
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récolte du riz à Colobane |
La défense des rizières contre les oiseaux se fait par une surveillance active mettant en jeu l’effarouchement par la simple présence humaine, l’utilisation de lance-pierre et de frondes et une protection passive à l’aide d’épouvantails, de bandes magnétiques ou métalliques suspendues à travers les parcelles (obs. pers.). La défense des rizières nécessite parfois la construction d’un "mirador" dans lequel des tours de garde sont effectués.
A partir de mi-octobre à début novembre commencent à mûrir les variétés précoces. La récolte débute à ce moment. Le riz est coupé au couteau et attaché en petites bottes, forme sous laquelle il sera entreposé dans les greniers d’où il sera retiré, battu et nettoyé en fonction des besoins.
Le rendement des rizières casamançaises est difficile à estimer du fait de sa production "artisanale". La Casamance compte 60% des terres rizicultivées du Sénégal. Cependant, les rendements faibles (environ1 tonne par hectare) sont très inférieurs à ceux des zones irriguées de la vallée du fleuve Sénégal (4 à 5 tonnes par hectare).
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Afin de protéger les rizières de la pénétration de l’eau saline et des fortes marées, les rizières profondes et les rizières moyennes les plus basses sont entourées sur le front aval par un périmètre défriché et endigué mais non cultivé que sépare souvent du marigot une digue plus conséquente. Cet espace, appelé bouit, peut est destiné à devenir lui-même des rizières si le défrichement de la mangrove est en cours et après lessivage du sel ou encore, il peut être un ensemble d’ancienne rizières abandonnées faute de main-d’œuvre.
De nombreux poissons pénètrent à marée haute dans ces bouits, soit par les ouvertures laissées, soit par les drains et sont ramassés en saison sèche pour la collectivité. De petites nasses peuvent encore être placées dans une brèche de la diguette piégeant ainsi de petits poissons et alevins dont les Diolas sont friands. Actuellement, on voit apparaître une véritable forme de pisciculture dans ces bouits. Les bassins sont aménagés de façon à garder le maximum de poissons ou encore pour en faire des zones de reproduction à partir desquelles les alevins vont être retirés et répartis dans les autres bassins. Afin d’augmenter les rendements, il peut y avoir un apport extérieur de nourriture sous forme d’aliments composés, si celle-ci est disponible, aux alevins. IDEE Casamance travaille notamment sur ces projets piscicoles. |
nasse à poissons |
En Casamance, de nombreux organismes publics ou privés aident les villageois à lutter contre l’avancée saline. C’est ainsi que des digues et barrages anti-sel sont érigés. Une digue est une levée de terre étanche constituée de plusieurs couches compactées. Elle est réalisée en travers d’une vallée ou encore le long d’un cours d’eau sous forme de ceinture pour protéger et isoler une surface rizicultivable. Ainsi, d’une manière générale, la digue a trois fonctions principales à savoir :
- empêcher les intrusions marines ;
- contrôler le niveau des eaux en amont et assurer une récolte de riz en favorisant préalablement le dessalement des terres "contaminées" ;
- créer des voies de communication pour désenclaver les villages.
Le barrage anti-sel est composé d’une digue dans lesquelles sont placés un ou plusieurs ouvrages permettant la régulation de la lame d’eau. Ces ouvrages sécurisent également la digue en empêchant la crête de la digue d’être submergée lors des crues. Bien que cet aspect ne soit pas détaillé ici, notons, à propos de ces ouvrages, qu’ils ne sont pas sans conséquences sur l’environnement suite au changement du fonctionnement hydrologique du bassin.
La Casamance, comme l’ensemble du pays, ne parvient pas être autosuffisant en riz. De plus, l’émigration et l’exode rural, entre autre provoqués par les dures conditions de travail dans les rizières, ont fortement diminué la main-d’œuvre disponible et, dans bien des cas, l’entretien des digues, la création de nouvelles digues de protection,… ne peuvent être menés à terme. Si bien qu’on constate souvent un abandon des rizières les plus externes, le sel ayant envahi les lieux et la mangrove le recolonisant. Toutefois, pendant la saison des pluies, de nombreux jeunes installés en ville reviennent dans leur village aider momentanément la famille pour les tâches paysannes telles que le labour, le repiquage ou l’entretien des digues.
Impact des oiseaux sur la production rizicole en Casamance et solutions
Les principaux ravageurs
Comme nous venons de le voir, les rizières sont des sites très attractifs sur un grand nombre d’espèces. L’utilisation des rizières par celles-ci n’est pas sans conséquences sur les productions rizicoles. En voici quelques exemples :
• Les Ploceidae :
La moisson s’effectue pendant un intervalle de temps assez long s’étendant sur deux mois environ au cours desquels le grain est exposé à tous les oiseaux granivores capables de se percher sur les chaumes. Parmi ces oiseaux, nous trouvons les Ploceidae. Cette famille compte de nombreuses espèces dans la région et toutes sont granivores. Le laps de temps entre l’épiaison du riz et la récolte est pour eux une véritable aubaine puisqu’il y a là une véritable explosion du niveau trophique. Les membres de cette famille ont donc adopté deux stratégies pour exploiter cette importante ressource :
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Le problème « Quelea » rencontré dans la vallée du Sénégal, et dans la majeure partie de l’Afrique rizicole, où des centaines de milliers de Travailleurs à bec rouge Quelea qu. quelea s’abattent sur les rizières n’est pas connu en Basse Casamance où cette espèce est peu fréquente. En effet, présente dans toute l’Afrique au sud du Sahara, elle est absente de la ceinture forestière équatoriale et des galeries forestières guinéennes. De même, le Travailleur à tête rouge Quelea erythrops qui est un migrateur intra-africain présent en petit nombre en Casamance n’occasionne pas de véritables dégâts.
Le véritable fléau en Basse Casamance sont les Tisserins et plus particulièrement le Tisserin gendarme Ploceus cucullatus. En effet, la période de nidification de ce dernier s’étend du début de la saison des pluies à novembre. L’émancipation des jeunes les plus tardifs correspond donc au moment de l’épiaison du riz et aux premières récoltes en Casamance. Une fois la reproduction terminée, ils se regroupent en troupes pouvant compter de quelques dizaines à quelques milliers d’individus, parfois en groupes plurispécifiques avec d’autres Ploceus et des Euplectes, qui s’abattent sur les parcelles, mangeant le riz mûr sur pied et en provoquant la chute de nombreux grains des panicules arrivés à maturité. Les dégâts peuvent être tels qu’aucune récolte n’est envisageable après leur passage, surtout dans les parcelles où ont été plantées des variétés plus précoces de riz (obs. pers). Outre le prélèvement de grains mûrs, ils consomment également mais dans une moindre mesure le grain immature encore laiteux (obs pers.) comme le fait Quelea qu. dans le delta du Sénégal. |
"nuage" de Travailleurs à bec rouge
dans le delta du Sénégal |

Dans la même famille, l’Euplecte franciscain Euplectes franciscanus et l’Euplecte vorabé Euplectes afer, qui nichent isolément dans les
hautes herbes et donc aussi dans les rizières elles-mêmes, ont des comportements similaires au Tisserin gendarme mais occasionnent
des dégâts moindres, bien que non négligeables, du fait d’effectifs bien moins importants.
Mâles de Tisserin gendarme (1), Tisserin à tête noire (2), Euplecte franciscain (3) et Euplecte vorabé en parade (4)
Tous ces oiseaux ne s’attaquent pas aux rizières suite à un manque de graines sauvages mais bien parce qu’ils trouvent là une source de nourriture abondante et surtout d’accès très facile.
• La Barge à queue noire Limosa l. limosa :
Ce limicole est un migrateur paléarctique très fréquent qui hiverne dans tous les deltas de Sénégambie (principalement dans le delta du Sénégal) et dont une partie de la population immature estive aussi. Les Barges de Casamance, comme celles de Guinée Bissau, proviennent en grande partie des Pays-Bas et pays limitrophes. C’est une espèce grégaire formant souvent des groupes de plusieurs centaines d’individus, parfois seulement de quelques dizaines.
Alors qu’en Europe, elle se nourrit principalement d’insectes, de vers et de mollusques, elle modifie radicalement son régime alimentaire dans ses quartiers d’hiver, où elle se nourrit alors, en plus des petits invertébrés, de graines de diverses graminées et surtout de riz qui constitue alors jusqu’à 75 % de leur bol alimentaire. Sans pour autant être "catastrophiques" à Ziguinchor, les dégâts occasionnés par les Barges sont de trois types : |
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Envol de Barges à queue noire |
- des dégâts directs sur les semis de riz avec des pertes pouvant être importantes ;
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des dégâts sur le riz juste repiqué par leurs mouvements et le piétinement lorsqu’elles sont nombreuses dans une parcelle. Les femmes sont alors obligées de venir regarnir les rizières ;
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elles tasseraient le sol avant le repiquage lorsqu’elle sont vraiment nombreuses, compliquant cette opération (Idrissa Ndiaye – consultant Wetlands International, com. pers.).
• Les Ardeidae et les limicoles (excepté la Barge à queue noire)
L’impact de leur présence, parfois massive, dans les rizières peut être considéré comme quasi-nul. Cependant, le passage répété ou la présence d’un groupe important peut entraîner le piétinnement et l’arrachage de plants du sol mais il s’agit alors souvent de plants mal repiqués et donc instables (obs. pers.).
• Les Anatidae
L’Oie armée de Gambie Plectopterus gambensis et le Dendrocygne fauve Dendrocygna viduata peuvent, au moment du semis en parcelles ou en pépinières, occasionner des dégâts par le prélèvement de grains et de jeunes pousses consommées mais aussi par le déplacement des pousses que provoquent leurs mouvements. Ces pertes restent cependant localisées et relativement peu importantes.
Il est à noter encore que tous les oiseaux qualifiés de "granivores" ne peuvent pas être considérés comme des nuisibles à quel que degré que ça soit. En effet, certaines de ces espèces telles le Chevalier combattant Philomachus pugnax et les Tourterelles Streptopelia sp. glanent le riz laissé sur les champs après la moisson sans se nourrir sur les épis debout. De plus, bon nombre de granivores dont les Estrildidae, les Ploceidae,… se retrouvent dans ou à proximité des rizières pour prélever les graines des graminées sauvages adventices ou poussant sur les digues et chemins.
A coté des impacts négatifs de certaines espèces, il est utile de préciser que d’autres peuvent être considérées comme utiles pour la riziculture. Les rizières sont en effet un habitat de choix pour certains rongeurs dont les plus importants dans les rizières sont le Rat roussard Arvicanthis niloticus et Mastomys huberti. Ces petits Muridae sont, à l’origine, des rongeurs des zones humides du Sahel et des savanes qui ont trouvé un habitat de choix dans les rizières. Ils peuvent ainsi pulluler et occasionner des dégâts lors du semis ou après l’épiaison. Lors du labour, de la récolte et de l’arrivée de l’eau, ces rongeurs sont délogés de leurs caches devenant ainsi des proies faciles pour des oiseaux tels que le Milan noir Milvus migrans, le Busard des roseaux Circus aeruginosus, le Héron cendré Ardea cinerea, le Héron mélanocéphale Ardea melanocephala, le Héron gardeboeufs Bubulcus ibis et bien d’autres qui doivent probablement être d’importants facteurs de régulation. |
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un jeune busard des roseaux mâle de 4 ans |
Quels sont les moyens mis en place par la population contre l’avifaune déprédatrice des rizières ?
A Ziguinchor, différentes techniques d’effarouchements sont souvent utilisées entre le début de l’épiaison jusqu’à la récolte. Contrairement aux pratiques très techniques et coûteuses parfois utilisées dans les grandes rizières du delta du Sénégal (passage d’un avion à basse altitude, épandage de répulsifs, canons à gaz,…), on ne retrouve ici que des techniques plus "traditionnelles". Celles-ci se regroupent en trois catégories (obs. pers.) :
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les techniques passives :
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les épouvantails : cela consiste à « habiller » une croix de bois plantée dans la parcelle de manière à simuler une présence humaine, effet renforcé par les mouvements des vêtements au vent.
- les tissus flottants : ce sont de simples draps, dont une extrémité est accrochée à un bâton solidement planté, qu’on laisse flotter dans le vent. L’utilisation de tissus flottants peut se révéler être efficace dans les parcelles situées aux endroits les plus venteux.
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les éléments mobiles réfléchissants : sont des matériaux qui bougent avec le vent et qui réfléchissent la lumière. Parmi ces matériaux, se retrouvent souvent des plaques de métal suspendues à un bâton et surtout des bandes magnétiques de cassette audio que l’on étend dans les parcelles.
L’efficacité de ces pratiques est mitigée. Au début (les premiers jours, voire même seulement les premières heures), l’efficacité est bien réelle mais les oiseaux ne se laissent pas longtemps duper et finissent par s’habituer à ces pratiques au point que les paysans sont obligés de remettre sans cesse de nouveaux dispositifs. C’est ainsi que sur une seule parcelle, nous avons pu observer 4 épouvantails et plusieurs tissus flottants. Cependant, l’utilisation combinée de plusieurs techniques passives accroît leur efficacité.
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les techniques actives :
Ces techniques consistent en une surveillance humaine diurne continue des parcelles. En général, les propriétaires de parcelles voisines s’arrangent pour envoyer à tour de rôle un des leurs effectuer cette corvée, souvent les enfants. Des petits abris sont alors souvent aménagés en bois et en feuilles de Rônier dans les rizières pour permettre au surveillant de se reposer ou de s’abriter du soleil. Le surveillant utilise plusieurs méthodes pour essayer de maintenir les oiseaux en dehors des parcelles :
- la marche dans les parcelles ;
- le jet de pierres, bois, mottes de terres dans les groupes d’oiseaux ;
- l’utilisation d’un lance-pierre ;
- l’utilisation de frondes (moins fréquent) ;
- l’utilisation du fusil contre les Barges : très rarement utilisé à cause du prix des cartouches.
- les techniques culturales :
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utilisation de variétés dont l’épiaison est simultanée dans un ensemble de parcelles adjacentes afin d’éviter que les groupes d’oiseaux ne fondent successivement sur les parcelles qui arrivent progressivement à maturité. Il s’agit donc plus d’une mesure qui permet :
- de répartir les dégâts sur une plus grande surface en limitant les pertes par parcelles
- de diminuer le laps de temps pendant lequel les oiseaux trouveront de quoi se nourrir.
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suppression de la végétation adventice et présente en bordure de parcelles. Cette pratique permet d’éviter que les oiseaux, notamment les Euplectes Euplectes sp., ne trouvent dans les parcelles de quoi se nourrir quand le riz n’est pas encore arrivé à maturité. Cette technique est très peu utilisée (manque de main d’œuvre). De plus, si elle est réalisée, elle ne doit porter ses fruits que si tous les propriétaires d’un ensemble rizicole pratiquent simultanément de même.
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la pratique, réalisée depuis très longtemps, du semis en pépinières suivie du repiquage. Outre une première sélection des plants, cette technique permet de limiter considérablement l’effet qu’auraient tous les granivores (Barges, Tourterelles, Anatidae,…) sur les plantules ou les graines fraîchement semées si elles étaient semées à la volée directement sur les parcelles
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